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Regards sur le Kazakhstan

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 Page 6: Arts et Traditions

Ailes déployées, un aigle plane fièrement dans le ciel sans nuages. II monte toujours, plus haut pour devenir un point a peine visible. Mais, si haut que soit son vol, et si perçant que soit son regard, il ne peut embrasser toute I'immensité de sa contrée natale.

La nouvelle génération de berkoutchis (ils sont a peu près cinquante) préserve les aigles royaux et I'ancienne tradition renaît.

Les historiens datent les premières chasses a I'aigle de plus de 4000 ans. Une peinture rupestre découverte dans les gorges de I'Alataou, au cœur des montagnes du Tian-Chan, atteste que la fauconnerie est bien née ici. Les "Berkoutchis", chasseurs a I'aigle, étaient même enterrés avec leurs camarades de chasse.

L'ancienne légende kazakhe dit:" A la création du monde, des peuples ont reçu de riches forets, des champs fertiles, de larges rivières; d'autres ont reçu de belles montagnes et des lacs bleus. Le peuple kazakh n'a reçu en partage que la steppe! II a été offensé et a demandé à Dieu de lui accorder au moins une parcelle des splendeurs de la nature. Alors, Dieu, Allah, a raclé le fond de son sac et jeté, au milieu de l'immense steppe, tout ce qui lui restait de montagnes pittoresques, des rochers, des lacs d'eau bleue et pure. II a jeté, de sa main généreuse, des prairies vert émeraude couvertes de fleurs, des sources d'eau fraîche et des ruisseaux murmurants, des montagnes couvertes de bois et peuplées d'animaux et d'oiseaux..."

L'histoire séculaire du peuple kazakh, son travail, son mode de vie, sa lutte contre les envahisseurs étrangers, la nature riche et pittoresque de sa terre natale ont trouvé leur expression imagée dans le folklore national et la musique.

C'est par les chansons et les "kuis" pièces instrumentales, que le mode de vie traditionnel se transmettait de génération en génération. Avec les chansons, les "aksakals" têtes blanches, bénissaient les nomades qui partaient avec des troupeaux de chevaux et de moutons vers les pâturages d'été, ainsi que leur retour aux campements d'hiver. Des "khabarchis", héros, aux voix perçantes galopaient a cheval en direction des lointains campements pour annoncer les nouvelles.

Les femmes chantonnaient en dressant les yourtes, chantaient en cardant la laine, en tissant les tapis, en roulant le feutre. Les chansons et les kuis se faisaient entendre pendant les mariages, les noces, les soirées, les tristes journées de deuil. Par la chanson "Joubatou", on exprimait ses condoléances à la famille touchée par le malheur, par la "Souinchi", on annonçait les bonnes nouvelles. Les noces commençaient habituellement par le chant "Toïbastar" qui faisait I'éloge des parents des fiancés et souhaitait aux jeunes mariés une longue vie d'amour et d'accord. La musique instrumentale populaire est variée par le contenu et la forme. Sans la participation des "akines", bardes kazakhs, il ne pouvait et il ne peut y avoir de fête populaire.

Dans tous les arts kazakhstanais, on retrouve I'héritage culturel du peuple, ses riches traditions folkloriques. Autrefois, Ies talentueux akines, poètes improvisateurs, créaient non seulement les poésies et les poèmes, mais aussi la musique.

La dombra, instrument a deux cordes pincées, simple de fabrication et sans prétention; était autrefois, et reste encore aujourd'hui le plus répandu dans la vie quotidienne.

 

Par ailleurs on peut citer le narcobiz (avec archet), le kilkobiz , le jetiguene.


Les nomades connaissaient également les instruments à percussion: le daouïlpaz, le chinedaouï, I'assataïak

 

 

et les instruments a vent: le chankobiz et le sakpan.


Les jours de fête chez les Kazakhs sont marqués par des jeux sportifs nationaux. Ce sont, par exemple, I'aiaman-baiga, course de chevaux sur de longues distances, le kourès, combat de deux cavaliers-hercules, le saiys, combat de deux cavaliers cherchant a se désarçonner, le kokpar, ou un groupe de cavaliers cherche a s'emparer d'un bouc empaillé pour le ramener chez soi. Les jeunes aiment beaucoup le kyz-kouou: une fille et un garçon s affrontent dans une course a cheval. Si c'est la fille qui gagne, elle frappe le garçon avec sa cravache, et se laisse embrasser si elle perd. Parmi les jeux les plus anciens, il y a I'at-omyraoulastyrou, où sept cavaliers cherchent a s'expulser d'un cercle de 25 à 30 metres de diamètre.

Citons encore le jorge-jarys, course sur chevaux ambleurs, merveilleux spectacle auquel participent généralement des jeunes filles et des jeunes femmes vêtues d'habits nationaux aux couleurs vives et parées de belles coiffures. Le monde de I'art populaire, sonore, haut en couleurs, plein de la joie de vivre, embaume de I'arôme des steppes, déploie les particularités de la vie matérielle et spirituelle du peuple kazakh.

La vie nomade a façonné une culture spécifique et a laissé une profonde empreinte sur la mentalité et le mode de vie des Kazakhs modernes.

Bien sûr, aujourd'hui, certaines coutumes ont disparu, d'autres se sont modifiées. Le rapt de la fiancée, le versement d'un "kalym", rançon pour la fiancée, le lévirat en vertu duquel la veuve devenait l'épouse du frère aîné du défunt, tout cela a sombré dans le passé.

Le rite du mariage, la célébration de la naissance d'un enfant, les festivités organisées avant le départ pour le pâturage de printemps, ou en I'honneur de l'arrivée d'un hôte vénéré sont actuels et contiennent beaucoup d'éléments provenant de la profonde antiquité. On vénère toujours en Asie les doyens d'âge, les aksakals.

L'habitation du nomade, la yourte, c'est une tente conique légère, faite de morceaux de feutre tendus sur une carcasse en bois. La yourte kazakhe est une véritable petite oasis, où fleurissent fastueusement les couleurs printanières de la steppe. Sous le feutre des tentes, sur un rythme lent, les broderies coulent harmonieusement dans un agréable mariage de tons contrastes ou assortis. Toute une étonnante composition décorative se déroule en une "mélodie" simple, profonde et lyrique, comme une chanson kazakhe.

Les "murs" extérieurs de la yourte sont constitués par un fourreau de feutre serré par des rubans nommes "baous". Les "murs" intérieurs et le sol de la yourte sont revêtus de tapisseries d'une grande diversité: tapis de feutre, "kochmas", tapis de velours ou lisses, nattes tressées avec des roseaux de la steppe. A la jointure, entre les murs et la coupole, une large bande tissée est disposée en forme de frise: "baskour". De la voûte de la coupole pendent des rubans tissés. Et tout cela est fait a la main par les artisans populaires, "chébers".


Aujourd'hui les yourtes ont perdu leur signification d'antan et ne sont utilisées que comme demeure provisoire des tchabans, bergers, dans les pâturages saisonniers éloignés des villages. Les résidences principales des bergers et de leurs familles sont des maisons, construites dans des agglomérations rurales.

La demeure kazakhe abonde en tapis de laine et de feutre avec des applications en couleurs, le plancher et les murs en sont couverts. Les couvertures piquées et les oreillers sont de couleurs vives. Les Kazakhs les rangent sur les coffres rehaussés d'une ornementation en métal blanc.

Le meuble principal est une petite table ronde et basse, transportable, autour de laquelle on s'assoit a même le tapis, en croisant les jambes, pour manger. Parmi les ustensiles, il y a obligatoirement un samovar, une grande marmite, le "kazan", des outres pour le "koumys", lait de jument fermenté, des bols pour le thé et des "kessés", grandes tasses de porcelaine sans anse ou on sert la soupe.

Le logement urbain des kazakhs a un ameublement moderne mais toujours avec des éléments nationaux.

Dans les vêtements, l'ameublement des demeures, la cuisine des Kazakhs, les traditions nationales se marient de manière originale avec les coutumes européennes. Dans les villes et les cités, pourtant, elles disparaissent plus vite que dans les villages.

Le vêtement national traditionnel s'est mieux conservé à la campagne, surtout chez les gens âgés. Les hommes portent en été de longues et larges chemises blanches, des gilets étroits atteignant les hanches, de larges pantalons. La tête est protégée contre le soleil par une "tioubétéika" ou par un bonnet pointu en feutre souple couleur claire.

L'habit national masculin d'hiver est particulièrement commode pour les bergers. II se compose d'une pelisse et d'un gilet, d'un bonnet de feutre de fourrure ou bien d'une chapka en fourrure de renard, et de hautes bottes à larges tiges, pratiques pour monter à cheval. Les vieux portent souvent un "chapane" fourré, très long, largement croisé.

Le vêtement national de la femme se compose d'une large robe, d'un gilet de velours de couleurs vives et d'un pantalon serré a la cheville. Elle porte des colliers, des boucles d'oreille, des bracelets. Les femmes plus âgées couvrent leur tête d'un capuchon en étoffe blanche; les pieds sont chaussés de bottes souples.

Les légères boucles d'oreille ajourées (aichik koza) en or ou argent, parfois incrustées de pierres précieuses, sont élégantes et belles, de même que les bracelets a décor (bilezik) à un ou deux cercles, larges ou étroits, certains à fermoir.

Les bagues sont des plus variées, bagues a secret (kosba-our-sakina), bagues pour les dix doigts de la main reliées par une fine chaînette au bracelet.

Les pendentifs en or ou en argent, les boucles de ceinture et de justaucorps de femme, les boutons en argent à décor kazakh, les pinces à cheveux pour adultes et les barrettes pour les tresses des petites filles ne manquent pas d'originalité.

Autrefois, les femmes kazakhes entrelaçaient dans leurs tresses des rubans garnis de monnaies, portaient des toques agrémentées d'un panache en plumes de grand-duc, de hauts turbans. Aujourd'hui, on peut voir ces atours dans les ensembles populaires de chants et danses, dans les groupes d'artistes amateurs et dans les "aouls", villages, lointains.

Le trait national le plus marqué des Kazakhs est leur extraordinaire hospitalité. Que ce soit dans une maison de village ou dans un logement moderne de la ville, on vous réserve aujourd'hui la même hospitalité généreuse qu'autrefois dans les tentes des nomades.

Ainsi donc, vous rejetez toute grande la couverture décorée de feutre faisant fonction de porte de la yourte. Tous se lèvent d'un seul mouvement pour souligner leur respect à l'égard de celui qui entre. On vous accueille avec des sourires, des poignées de main, en vous désignant la "tor", place d'honneur réservée à l'hôte et se trouvant généralement face à l'entrée.

Imaginez qu'en voyageant dans la steppe kazakhstanaise vous pénétriez dans une yourte; Ie scénario qui suit devrait vous faire comprendre rapidement Ie caractère de ce peuple et, au cas ou vous seriez I'invité d'une famille kazakhe, vous aider à y retrouver dans les rites de I'accueil, les plats nationaux, même si vous êtes reçu dans un appartement ordinaire.

Il est de mauvais ton d'assaillir le visiteur de questions. On le laisse se reposer après le voyage, on lui offre dans des pialas de porcelaine ou des jattes en bois peint du "koumys" mousseux et âcre, breuvage rafraîchissant et tonifiant préparé avec du lait de jument. Et seulement après cela, et si vous-même le désirez, vous pouvez raconter qui vous êtes, d'où vous venez et où vous allez.

Que vous soyez un voyageur de passage entré pour prendre un peu de repos ou un invité, les maîtres de maison se mettront a préparer la "konakassa", un repas en votre honneur.

On étale au centre de la yourte la "dastarkhan", une nappe grande comme la steppe elle-même, que I'on couvre de plats abondants.

"A quoi bon un tel banquet?" demanderez-vous.

"D'après la dastarkhan, on juge non seulement du maître, mais aussi de tout le pays", vous expliquera votre ami kazakh en vous confiant la mission sérieuse de découpage de la tête de mouton au milieu du repas.

La dastarkhan est bien entendu un sérieux examen de I'art culinaire de la maîtresse de maison, mais aussi une manifestation de la bienveillance et de la générosité du maître.

"II est difficile d'oublier jusqu'a la fin de ses jours celui avec qui on a cause une fois a cœur ouvert devant une bonne dastarkhan".

La dastarkhan ne fait pas qu'apaiser la faim et la soif, elle enrichit I'âme. Les gens apprennent a se connaître a table. Et le mot "hospitalité" signifie non seulement bonne chère, gaite et éclats de rire, mais aussi et avant tout cordiale conversation avec I'invité.

La viande et les produits laitiers dominent dans la cuisine des Kazakhs, qui ont toujours su faire provision de viande séchée, fumée, salée. Ainsi, avec la viande de cheval, ils font le "kazy" et le "choujouk", excellents saucissons secs.

En hiver, les Kazakhs mangent plus de viande, surtout sous forme de "bechbarmak", mouton bouilli et morceaux de pâte roulée. On mange aussi le "kouyrdak", rôti composé de foie, de poumon, de viande et de pommes de terre. Comme hors-d'oeuvre on sert de minces tranches de foie bouilli avec de la graisse de queue de mouton.

En été, presque chaque famille fait de I"'airan", lait aigre de brebis. On le boit coupe d'eau comme rafraîchissement. Avec I'airan on fait le "kourt", boules de fromage blanc que I'on sèche au soleil. L"irimchik" est un fromage blanc grumeleux a haute teneur de graisse.

On fabrique diverses boissons avec le lait. On boit beaucoup de "koumys", qui rafraîchit bien en été et à d'excellentes vertus curatives et tonifiantes. Très populaire est également Ie "choubat", lait de chamelle qu' on laisse séjourner un certain temps. Pas un repas ne se passe sans thé bien fort additionné de lait ou de crème fraîche.

Vladimir Dahl (1801-1872), célèbre folkloriste russe, de retour des steppes du Kazakhstan, écrivait: "Les visages des nomades aux pommettes saillantes amaigris par I'hiver, se remplissent et prennent de si belles couleurs des les premières semaines du printemps qu'on a peine a reconnaître ses vieilles et bonnes connaissances".

 

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