Nous sommes deux étudiants rennais
de l'INSFA (Institut National Supérieur de Formation
Agroalimentaire) ayant eu l'opportunité d'effectuer un stage
de 3 mois au Kazakhstan, du 24 mai au 22 août 2003. Voici un
petit aperçu de nos impressions :
Le Kazakhstan, un pays dangereux et
instable politiquement ? C'est une remarque qui est revenue à
plusieurs reprises lorsque nous avons évoqué
auprès de notre entourage notre volonté de partir
découvrir ce jusqu'alors mystérieux pays. Nos trois
mois de plongée dans la culture kazakhe nous ont permis
d'infirmer ces a-priori.
L'idée directrice de notre projet
est d'effectuer une mission de développement rural dans un
village du nord du pays. Le village en question est habité par
600 habitants de descendance polonaise, suite à la
déportation de leurs ancêtres par Staline dans les
années 30. Perdu au milieu d'un paysage de plaines, dans les
lointains environs de Kokchetav (100 km), joignable uniquement par
des pistes non praticables par temps de pluie, ce noyau de vie perd
progressivement le peu d'avantages dont il pouvait
bénéficier. Le travail se fait rare, l'eau courante
n'est plus disponible depuis longtemps, la structure de soins si
développée a l'époque (il y avait même un
dentiste au village !) manque fortement de crédits : toutes
les structures collectives ont effectivement explosé en
même temps que l'ancien système soviétique en
1990.
La ressource principale du village repose
sur sa production porcine totalement atomisée : depuis la
désaffection de l'ancien kolkhoze, chaque famille
élève quelques porcs pour ses besoins personnels mais
surtout en espérant les revendre à des
commerçants. Cependant cette déstructuration conduit
à une faiblesse dans la négociation commerciale et les
producteurs subissent les prix imposés par l'aval de la
filière : l'idée serait donc de créer un atelier
de charcuterie sur place pour capter la valeur ajoutée, qui
ainsi bénéficierait plus directement aux
habitants.
La première phase d'étude de
l'environnement économique, technique et administratif du
projet nous fut donc assignée par l'association Fidesco. Il
s'agissait pour nous de déterminer quelle forme juridique
devra avoir la future entreprise, quels produits pourront être
écoulés sur le marché local, comment ceux-ci
seront distribués…
Pour mieux toucher la
réalité du métier, nous sommes allés
à la rencontre des professionnels du secteur qui nous ont
livres leurs expériences en matière de création
d'entreprise au Kazakhstan.
Les visites effectuées dans des
ateliers de charcuterie nous ont conduit à de nombreuses
surprises. Si les conditions de fabrication sont souvent peu
hygiéniques en comparaison avec nos critères
occidentaux, nous avons été heureusement surpris par
l'efficience et le niveau de qualité atteint par un atelier de
la région (village de Tchagli), dirigé par un couple de
jeunes gens dynamiques.
Le système de distribution reste
est principalement centré sur les marchés (bazars) et
sur les petites épiceries de quartier. Visiter un
marché kazakh est une expérience inoubliable : c'est un
lieu d'effervescence assez magique. Des supermarchés de type
occidental commencent à apparaître à Almaty et
Astana (Ramstore) mais sont destinés à une
clientèle très privilégiée.
Notre travail a aussi consisté
à expérimenter différentes recettes à
base de porcs, d'origine locale ou française, pour en
formaliser la fabrication sous forme de procédures, ainsi que
tester leur potentiel de pénétration sur le
marché local. Rappelons que l'ethnie kazakhe augmente au
détriment de l'ethnie russe, cette dernière consommant
culturellement beaucoup plus de porc : la plupart des Kazakhs sont en
effet musulmans, même si les dogmes concernant la consommation
de viande de porc et d'alcool ne semblent pas appliqués au
pied de la lettre.
Nous avons bien sûr profité
de notre présence dans ce gigantesque pays pour sillonner les
plaines et les steppes dans des trains qui sont de véritables
lieux de vie : difficile de partager son compartiment sans partager
une partie de son repas et de sa culture, surtout que les
français sont des phénomènes rares là-bas
(autour de 150 dans un pays faisant 5 fois la France !). Au programme
de nos quelques jours de repos : le magnifique parc de Baravoye
(entre Astana et Kokchetav), surnommé " la petite Suisse ",
pour ses forêts denses et ses nombreux sommets ; à
l'extrême sud, Turkestan abrite un véritable joyau : le
mausolée de Hodja Ahmad Yasawi.
Enfin en arpentant les rues rectilignes
d'Astana et d'Almaty, nous avons mesuré la " concurrence " qui
règne entre les deux centres névralgiques du pays.
L'ancienne capitale (Almaty) reste plus riche en curiosités
qu'Astana (la nouvelle) : pourtant cette dernière compte bien
rattraper son retard et à défaut d'histoire, le
président a bien l'intention d'en faire un pôle
économique majeur. Le secteur de la construction y est en
pleine effervescence et chaque visite apporte son lot de surprises :
des immeubles démesurés et architecturalement innovants
s'égrènent sur la Respublica (l'artère
principale), mais aussi dans le nouveau centre d'affaires
(actuellement encore décentré !).
Ce stage fut une expérience
extraordinaire pour nous : l'hospitalité et la volonté
des kazakhs de partager leur culture y fit beaucoup. La France
gagnerait à développer ses échanges culturels et
économiques avec le Kazakhstan, car son influence encore
positive paraît sur le déclin, concurrencée par
les énormes intérêts américains, ainsi que
d'autres pays qui tirent leur épingle du jeu comme la Turquie,
l'Allemagne et bien sûr la Russie.
En ce qui concerne notre projet, il est
actuellement en phase de recherche de crédits et surtout d'un
nouveau coopérant prêt à partir deux ans pour
soutenir techniquement le lancement de l'atelier. Ce pays en devenir
offre un boulevard aux gens entreprenants !